Mr Jean-Paul FOURNIER
05600 CEILLAC


à Monsieur le Préfet
s/c de Monsieur le commissaire-enquêteur

 

 

Né à Ceillac le 25 décembre 1949, résident permanent, j'exerce la profession de commerçant (exploitation d'un magasin de sport), d'artisan (sculpture sur bois) et de loueur de meublés. J'ai vécu l'inondation du 13 juin 1957, et je ne peux m'empêcher de réagir au Plan de Prévention des Risques que l'état veut nous imposer aujourd'hui.

Le développement et le devenir de Ceillac est une de mes préoccupations principales. Élu au conseil municipal depuis 1989, j'ai été amené à travailler régulièrement sur le dossier du P.P.R.

Tout d'abord, concernant les documents présentés à l'enquête publique, on peut légitimement se demander pourquoi les cartes de zonage ne correspondent pas à la carte générale des aléas : un aléa moyen sur la carte générale devient une zone rouge sur la carte de zonage (exemples : La Gravière, la Rua de ville, l'Infernet)

Ensuite, en préliminaire à toutes les observations qui vont suivre, une question se pose. Pourquoi la qualification du risque actuel ne tient-elle pas compte de deux éléments fondamentaux ? :

1. la reforestation générale de tous les versants situés en amont sur la commune,

2. les aménagements réalisés après la crue de 1957.

 

ZONE R4 (village)

En premier lieu, on pourra relever, avec étonnement, l'exagération du risque par rapport à l'étude SOGREAH, qui n'a rien à voir avec ce que nous avons vécu en juin 1957. Pourtant cette crue n'est elle pas retenue comme crue de référence !….

Pour cette zone, les travaux effectués après la crue de 1957 sont les suivants :

- Travaux de protection et de régulation des ravins fournisseurs de matériaux : le Thioure, les Aiguillettes, le Ravin Blanc (au niveau des Sagnes),

- Construction de 2 barrages " brise-courant " sur le lit du torrent, en amont du village,

- Création en amont d'une plage de dépôt, d'un entonnement, d'un chenal bétonné avec radier, après redressement du lit du torrent,

- Suppression dans la digue des brèches (lavoirs) et des prises d'eau pour les canaux d'arrosage.


Certes, ces aménagements, encore insuffisants, devraient être complétés par les réalisations suivantes :

- Protection de la sablière du Cruis (en face du hameau du Thioure) qui pourrait fournir des milliers de m3 de matériaux en cas de crue,

- Aménagement de barrages à corps flottant (équipement simple à réaliser),

- Enlèvement des dépôts et constructions situés dans l'entonnement du chenal en amont du village,

- Aménagement des ponts indispensables à la vie du village (pont pivotant, escamotable etc...),

- Correction de la pente du radier existant (du restaurant " Le Matefaim " jusqu'aux tennis) pour conserver la vitesse de l'eau (cf. étude SOGREAH),

- Aménagement du confluent avec le torrent du Mélézet (cf. étude SOGREAH),

- Prolongement du radier béton jusqu'après le confluent afin de favoriser le " tirage ",

- Reprise par le département du pont sur le CD 60 dit " pont de l'Escale " par un rehaussement,

- Mise en place d'un système de surveillance et d'alerte en amont du village.

- Elaboration et mise en place d'un plan d'évacuation du village. Evacuation rendu facile par les nombreuses rues transversales du village ( cf. les témoignages de l'époque ).

Il est évident que ces travaux réalisables à moindre frais et dans un délai raisonnable, sont sans commune mesure avec les travaux pharaoniques (impossibles à financer et très certainement repoussés au calandes grecques) préconisés par le bureau d'étude SOGREAH.

En conclusion, il ressort que le projet de règlement retenu pour le secteur " Village " ne tient pas compte des remarques formulées par l'ensemble du conseil municipal lors des nombreuses réunions avec les services de l'état, notamment celle du 15/10/2001 (observations reformulées en novembre 2003) :

Peut-on vraiment parler d'écoute attentive, de prise en considération des attentes des habitants permanents de CEILLAC ?

La limitation du réaménagement des maisons existantes, tel qu'il est défini par le règlement (par rapport au terrain naturel, aucun lieu de vie à moins de deux mètres), ne peut être envisagée et justifiée. En effet, lors de la crue de 1957, la hauteur de gravier rapporté n'a pas excédé 1 mètre dans le village, excepté pour la place du monument aux morts (seul point bas du village) où la hauteur atteinte avoisinait 1 m 60 (hauteur du pied du toit de la chapelle - cf photos).

Il ne faut pas oublier la spécificité du bâti ancien : écuries, cuisines et souvent caves, sont éclairés par une fenêtre ou un soupirail au niveau de la rue ; de ce fait, le plancher du niveau 1 est très en deçà des deux mètres préconisés. Et, en conséquence, l'application stricte du P.P.R., tel qu'il est formulé aujourd'hui par les services de l'État, interdirait non seulement l'aménagement du niveau 0 mais aussi celui du niveau 1 ; ne seraient donc aménageables que les derniers " plans " et autres soupentes !... ( cf. plan joint)

Je peux faire visiter, à quiconque le souhaite, la cave et l'écurie de la maison " Vallerian " située derrière la cure n° 345 section AB ; le sous sol de cette maison n'a jamais été nettoyé et pourtant la hauteur de " vase " n'excède pas 50 cm, le niveau actuel de cette vase se trouve à un mètre environ en dessous du niveau du terrain naturel dans une zone particulièrement touchée.


ZONE R 3 - B 5 (combe de l'Infernet)

Pour ce qui est de la zone de l'Infernet, aucune catastrophe de quelque nature que ce soit (avalanche, chutes de pierres, inondation...) n'a été constatée pour ce secteur depuis plusieurs siècles. Qui plus est, le reboisement naturel sur les pentes situées au-dessus, facteur essentiel s'il en est, n'est manifestement pas pris en compte.

Au vu de ces éléments, il paraît difficilement compréhensible que cette zone soit classée en zone rouge (alea fort). Malgré tout, une digue, de type merlon, suffirait amplement à contenir une éventuelle, mais improbable, coulée pour la diriger vers l'est, en direction de la piste de ski des Tourres.

Comment expliquer que la seule partie utilisable pour y construire des maisons, dont le village a grandement besoin pour fixer des jeunes qui feront vivre le pays, soit en zone rouge (terrasses situées en amont du canal), alors que le talus très pentu situé sur la rive gauche de cette combe soit en zone bleue.( cf. plan et projet PLU.)


ZONE R 2 (La Clapière)

Depuis l'aménagement du ravin des Aiguillettes, nous n'avons eu à déplorer aucune crue du torrent de la Clapière. Ceci peut aisément s'expliquer par la dizaine de barrages-gabions ainsi que par la reforestation importante du vallon.

Il serait judicieux, cependant, de curer le lit du torrent et de le débarrasser des végétaux qui y ont pris pied depuis 50 ans. De même, il conviendrait de requalifier le pont de la CD60, afin d'empêcher toute possibilité d'embacles.

On peut s'étonner que la partie cultivée du hameau, jardins et prés de fauche, soit en alea fort alors que ces cultures sont, d'une part, pratiquées depuis des siècles et, d'autre part, ne comportent aucune trace d'engravement. Les quelques coulées qui ont pu avoir lieu se sont toujours déposées sur la rive gauche dudit torrent, à proximité du cimetière.

En ce qui concerne la zone B2, comment expliquer que le torrent des " Routes " (un filet d'eau en temps normal) parvienne à défier les lois de la gravité, en franchissant une croupe importante pour remonter (!) jusqu'à la zone B2 de la Clapière, alors que la partie haute des " Treichamps " ( déversoir naturel du torrent) soit en B1. De plus, concernant cette zone, aucun effondrement dû au gypse n'a jamais été constaté, d'autant que nous sommes à cet endroit sur une moraine glaciaire latérale.

Enfin, il est pour le moins surprenant de classer en zone rouge un secteur où se trouvent des maisons qui ont servi de refuge aux ceillaquins lors des inondations de 1957.

 

ZONE DE LA VISTE - CAMPING DU MOUTET

Alors que des travaux de protection préconisés par les RTM ont été réalisés ces deux dernières années sur ce secteur, comment expliquer le rétrécissement de la zone B1 jusqu'à la route?

Il en est de même pour le secteur des Moutet interdit aux campeurs malgré la réalisation des travaux d'endiguement du torrent, demandés et surveillés par les RTM.
ZONE R5 - R 14

L'observation topologique du couloir de l'Ubac, notablement diminué par le reforestation, montre que le tracé naturel de l'avalanche aboutit au niveau du pont de l'Ubac. En aucun cas, cette avalanche ne parait pouvoir " bifurquer " vers le pied du village. Qui plus est, le reboisement concerne également la partie supérieure de la combe et une nouvelle avalanche paraît hautement improbable.

Pour ce qui est de la R 14 au Mélézet, l'avalanche n'arrive pas sur le chemin de la Cascade, mais plus à l'Ouest (au niveau de son exutoire naturel, fort logiquement en aval de la combe).


J'espère que le bon sens finira par l'emporter, un bon sens paysan qui a prévalu pendant des siècles et qui a permis aux ceillaquins de vivre ici et de faire prospérer leur village, tout en acceptant les aléas inhérents à la vie montagnarde.

Je suis bien plus inquiet pour mes enfants obligés de se déplacer en métro en ville par ces temps troublés par les attentats, pour les habitants de la Somme, de L'Ile et Vilaine et de la région Midi Pyrénées, inondés tous les deux ans, que pour mes proches et moi restés vivre à Ceillac.

Je vous remercie de l'attention que vous m' avez porté en lisant ces quelques lignes.

Je suis certain que vous saurez écouter avec l'objectivité, l'impartialité due à votre fonction, et prendre en compte les arguments que j'ai développés ci dessus.

L'acceptation du P.P.R. tel que l'on nous le propose aujourd'hui compromettrait l'avenir même de notre vallée en signant l'arrêt de mort du village.

Je vous prie d'agréer, Monsieur Le Préfet, mes plus respectueuses salutations.


Jean Paul FOURNIER