Montpellier, le 10 novembre 2002
Monsieur le Maire, Madame et Messieurs les conseillers,
Lors de la visite de Ceillaquins la semaine
dernière à Montpellier, nous avons longuement parlé des
projets d'investissements que vous prévoyez pour notre village.
Ils vont dans le sens de ceux que vous nous aviez présentés lors
des dernières élections municipales et qui nous avaient fait voter
(ou pas) pour vous.
La plupart des Ceillaquins vous ont suivi car le village dort depuis trop longtemps
sur ses acquis et il est nécessaire de le faire bouger.
Votre regard critique sur la situation actuelle du village me semble justifié. En effet :
1- Au cours de ces dernières années, alors que les maisons et les immeubles poussent mieux que les champignons, le nombre de lits locatifs diminue.
Si je ne me trompe à cela deux raisons principales : d'une part la S.I.C.A., après trente ans d'existence, a disparu et les appartements qu'elle détenait ont été redistribués aux Ceillaquins, d'autre part ces derniers les ont revendus à des résidents principaux ou secondaires.Ainsi malgré un village qui grossit, le nombre des locations diminue.
2- Notre village vit aussi grâce à la saison hivernale et lorsque l'on se retourne sur les années passées, nous voyons un domaine skiable qui a diminué d'un bon tiers, des équipements qui sont vieillissants, des saisons qui ne commencent qu'à la fin du mois de janvier, faute de neige sur les pistes.
A ces deux problèmes vous répondez par des solutions simples et, a priori, partagées :
- Il n'y a plus assez de locations, alors faisons en sorte d'en créer de nouvelles.
- Notre domaine skiable est vieillissant, alors repensons-le.
Si les solutions font consensus, le chemin que vous tracez pour les mettre en place me semble beaucoup plus discutable.
Comme vous le dites bien dans votre lettre du conseil, notre village est un bijou. C'est l'avis des Ceillaquins et des résidents secondaires qui ont acheté très cher les appartements auparavant loués.
C'est l'avis également de nombreux journalistes qui parlent régulièrement de notre village et qui sont notre meilleure publicité. Ainsi, il est possible de lire dans le hors série d'Alpes Magasine N°22 qui cite Ceillac parmi les 15 plus belles stations villages des Alpes : "De toutes les vallées du Queyras, celle du Cristillan est la plus secrète. Un verrou de pierre, une gorge de glace et on accède à Ceillac et ses bâtisses de pierre et de bois posées sur un large plateau en pleine lumière. De cet isolement, lui vient en grande partie son charme. Mais pas seulement car ce village a une âme et des histoires à chaque coin de ruelle... Comme le voulait Philippe Lamour, initiateur du Parc régional du Queyras et porteur du concept de "station village", le développement a été harmonieux ici, sans réelle rupture avec les traditions."
La force de notre village est d'être autour de son clocher, sur un plateau en "pleine lumière". C'est parce qu'il s'est développé autour de son centre qu'il a une âme et une histoire. C'est sa différence avec les autres villages du Queyras qui se sont éparpillés aux quatre coins des vallées et qui ont, de fait, peu d'âme, autrement dit, de vie.
La nécessité de créer de nouveaux lits est réelle mais il faut les faire dans l'intérêt global du village. Le projet de créer 400 lits au Mélézet est en contradiction avec toutes les forces qui viennent d'être d'évoquées :
- Ces lits seront isolés à 2 kilomètres du village. Ils ne profiteront ni de sa vie, ni de son âme. Les locataires se retrouveront dès la fin de leurs journées de ski dans leur appartement avec pour unique activité la contemplation de la cascade... En effet, situés au pied des pistes, ces logements seront occupés en priorité l'hiver par des locataires qui utilisent la S.N.C.F. pour venir à Ceillac On peut raisonnablement se demander, si ces clients, qui n'auront pas de véhicule, accepteront de faire 40 min de marche aller-retour, par -10°c, pour venir profiter du village.
Ainsi, ni les vacanciers, qui se seront ennuyés pendant leur séjour, ni les Ceillaquins (tout du moins les commerçants) qui ne leur auront rien vendu ne seront satisfaits.
Les solutions sont : de mettre en place un système de navette jusqu'à 23h. Le coût en vaut-il la chandelle ? De faire des commerces et des activités "après ski" au Mélézet. La viabilité de ces derniers pose alors problème. Peut-on imaginer que 400 lits (lorsque tous les appartements seront occupés), c'est à dire à peu près le V.V.F. et le Cheynet 2, puissent faire vivre un commerce ? En tant que banquier, qui étudie régulièrement des dossiers de financements, une telle implantation. me semble particulièrement hasardeuse. Le seul moyen pour que des commerces vivent au Mélézet est de multiplier par trois, quatre ou plus ce type d'opération. Mais voulons-nous Vars les Clos à Ceillac ?
- La capacité à remplir ces logements me semble un autre problème. Leur principal atout, le pied des pistes, doit permettre l'hiver un coefficient d'occupation correcte. L'été, l'atout se transforme en point faible. En effet, il y a plus agréable, que d'avoir un télésiège 4 places débrayable comme voisin.
Ce problème potentiel de remplissage sous entend des questions de béton vide et sans vie à court terme et de santé financière pour les investisseurs à plus long terme.
La gestion des ces logements par une grosse centrale de réservation est à double tranchant : elle peut permettre effectivement un meilleur remplissage. Elle peut également signifier un désintéressement rapide si la rentabilité n'est pas au rendez-vous. Le coefficient d'occupation du V.V.F. qui bénéficie d'une centrale de réservation nationale et qui ferme avant tout le monde chaque hiver peut nous faire douter !
Le problème d'occupation des locations sur Ceillac, en particulier l'hiver, n'est d'ailleurs pas propre au V.V.F. Les cloches ne sonnent pas à l'unisson sur ce sujet mais celles que j'entends chaque hiver annoncent plutôt : "On n'a pas bien loué cette année", ce qui devient un peu répétitif à force
Il y a donc une contradiction dans notre village: La pression sur l'immobilier ne fait qu'augmenter, ce qui génère une inflation sans précédents des prix. Hors, si des résidents secondaires sont prêts à payer des sommes astronomiques pour venir passer quelques semaines à Ceillac, c'est que le produit leur convient.
Les locations sont moyennement louées. Le produit ne convient, par conséquent, que moyennement aux locataires.
Deux populations s'opposent : celle des
résidents secondaires en place ou potentiels qui aiment le produit tel
qu'il est. Elle a des moyens importants. Elle est fidèle puisqu'elle
revient chaque année généralement plusieurs fois.
Celle des locataires... Si l'on regarde le parc locatif, il semble que l'on doive faire le distinguo entre les locations haut de gamme, à priori très bien louées (futurs résidents secondaires?), les locations de milieu de gamme moyennement louées, les locations à bas prix qui sont bien louées.
- La clientèle à faible pouvoir d'achat vient à Ceillac parce qu'elle peut y séjourner sans se ruiner. Malgré un prix au kilomètre de piste exorbitant, le forfait journalier reste bien moins cher que dans n'importe quelle grande où moyenne station.
- La clientèle haut de gamme, amoureuse de la montagne, vient à Ceillac parce que c'est un bijou. Ce n'est pas celle qui dépense toujours le plus (elle est propriétaire de son matériel, elle a un certain âge et généralement plus d'enfant).
- La clientèle moyen de gamme que nous ne satisfaisons pas est celle que nous devons conquérir. C'est la plus nombreuse, celle qui dépense le plus en cours de ski pour ses enfants, en location de matériel ; fidélisée, elle louera d'une année sur l'autre... Elle n'achètera pas d'immobilier sur Ceillac dans l'immédiat, c'est elle qui remplira les locations. Elle vient chercher du ski l'hiver. C'est parce que notre offre ski ne lui convient pas qu'elle ne vient pas. C'est pour elle qu'il faut investir dans notre domaine.
Nous devons proposer du ski de façon certaine : un enneigement artificiel
des pistes qui palliera les caprices de la météo est indispensable.
Une panne de matériel ne doit pas paralyser le domaine. Si le télésiège ne tourne pas, il n'y a plus de ski à Ceillac. Compte tenu de son âge, il faut le changer.
La clientèle moyen de gamme est souvent une clientèle familiale avec des enfants. Elle fait l'effort de venir aux sports d'hiver parce qu'elle aime le ski. Nous devons lui proposer un ski intéressant. C'est l'intérêt de notre domaine qui s'est le plus dégradé au cours de ces dernières années avec la fermeture de Bramousse. Nous devons le rendre plus intéressant.
Dans la présentation des futurs investissements vous avez évoqué l'enneigement artificiel et le changement du télésiège mais pas l'intérêt de notre domaine. Je n'ai rien à dire sur l'enneigement artificiel qui est une priorité. Par contre, les options que vous proposez pour le télésiège me semble être une aberration.
Je ne comprends pas l'intérêt d'implanter un télésiège débrayable à Ceillac. L'intérêt de ce moyen de transport est son débit, la possibilité de faire monter, ou descendre, en permanence, des piétons sans diminuer le fameux débit. Je n'en vois pas d'autre ?
Ses inconvénients sont le coût : environ 3 millions d'Euros (20 millions de francs) pour son installation ; ses frais de maintenances phénoménaux (vérification annuelle des pinces, grandes visites ) de l'ordre de 150 000 Euros par an (1 million de francs), ses risques de pannes plus importants (matériel compliqué). Un télésiège fixe ne coûterait que 1,8 millions d'Euros (12MF). Il est de conception plus simple donc plus fiable.
Mis à part quelques jours en février, je n'ai jamais vu de files d'attentes importantes au télésiège. Le passage d'un 2 places de trente ans à un 4 places "fixe" récent doit permettre une augmentation suffisante du débit pour ne plus avoir d'attente au télésiège. Le désagrément du maintien de créneaux horaires piétons ne justifie en aucune mesure le coût supplémentaire d'un télésiège débrayable. Si nous avons la capacité d'investir 20MF dans nos remontés mécaniques, pourquoi ne les utilisons-nous pas pour rendre plus intéressant notre domaine. Avec 20 MF, il serait ainsi possible de faire un télésiège fixe et de réimplanter sur Sainte-Anne, le téléski de Bramousse qui pourrit sur place, ce qui est anti-économique et anti-écologique. Nous ferions ainsi d'une pierre trois coups : changement du télésiège, augmentation du domaine skiable, démontage d'un téléski inutile.
Je crois que notre objectif doit être de remplir nos locations actuelles. Pour cela, nous devons investir de façon importante dans notre domaine skiable. Ces investissements, pour qu'ils aient une valeur ajoutée, doivent se voir. Ils doivent "briller". Un télésiège plus un téléski brillent d'avantage qu'un télésiège tout seul, même débrayable.
Il faut reconstituer notre parc locatif,
mais dans le village et pas à 2 km. L'argument de l'absence de P.O.S.
n'est pas valable ! A-t-on regardé tous les terrains autour de Ceillac
? N'est-il pas possible, par exemple, d'implanter les "400 lits" dans
les prés où passait le télésiège de Bramousse
(les risques d'inondations et d'avalanches y semblent peu nombreux).
En tout état de cause, il n'est pas admissible que depuis plus de 10
ans nous ne puissions plus construire dans notre village. La définition
d'un nouveau P.L.U. devrait être la première des priorités
de notre municipalité.
Les projets dans lesquels s'engage notre village sont de nature à le modifier complètement, au risque de le défigurer et de faire fuir une clientèle à fort pouvoir d'achat qui nous est fidèle. L'importance des investissements prévus sur le domaine skiable va en empêcher d'autres pendant de nombreuses années. Ils doivent être optimisés de manière à obtenir une amélioration maximum du domaine skiable pour un coût minimum. La construction d'un télésiège débrayable ne va pas dans ce sens.
L'implantation d'un deuxième village au Mélézet présente un risque économique et écologique. Elle met en jeu la vie du vieux village.
Même si elle n'est pas obligatoire, de tels projets devraient faire l'objet d'une enquête publique. Nous avons une saison pour interroger les habitants et les touristes. Pourquoi ne pas mettre, par exemple, à la disposition des vacanciers, dans les commerces et à l'office du tourisme, des questionnaires les interrogeant sur nos projets. A charge de la mairie de traiter ensuite les réponses pour prendre les bonnes décisions.
Personnellement, je suis persuadé que l'implantation, en nombre, de logements au Mélézet, comme la construction d'un télésiège quatre places débrayable, sont deux erreurs pour notre commune. J'espère que nous ne les commettrons pas !
(Copies de ce courrier envoyées à : Emile Gauthier, Christian
Grossan, Yves Fouque, Jean-Paul Fournier, Copie adressée sur Ceillac.com)